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13/02/2007

La note la plus gaie de l’année!!!

Souvent, je repense à Sébastien. C’était il y a 5 ans. Mais même après tout ce temps. Il est là bien présent, il plane, au dessus, de ma tête.

Toutes les filles étaient amoureuses de lui, tous les mecs voulaient être son ami. À cause du mystère qu’il dégageait, de son sourire, de ses yeux, de ses blagues qui fusaient comme par hasard en plein cours et qui faisaient mouche, de sa façon nonchalante de lever la main, jamais pour répondre, mais toujours pour aller aux toilettes, ou à l’infirmerie. Pour la phrase «Je vois pas en quoi sauter dans des sacs à patates comme des cons va aider à résorber le problème de la faim dans le monde» alors que le lycée, dans lequel nous étions préparationnaires, organisait un événement pour récupérer des fonds.

Je me souviens de la première fois que je me suis assise à côté de lui. Il parlait pas beaucoup, juste l’essentiel, il n’a jamais parlé pour ne rien dire. Il m’a lancé un : «alors comme ça, c’est toi qui est juste devant moi en philo…pour l’instant », en souriant. Un sourire… je sens encore la longue lame froide qui m’est rentrée dans le coeur quand il m’a souri, la douleur dans la gorge. Une délicieuse douleur.

Il parlait vraiment pas beaucoup. Et moi je parlais trop. Je le faisais rire. Nos rendez-vous (pétards) se sont multipliés, d’après les cours à avant les cours, à entre les cours, à pendant les cours. Parfois il avait pris un trip ou deux, avant de venir, alors forcément c’était là qu’il parlait le plus, et moi je l’écoutais. Je pouvais l’écouter des heures délirer sur n’importe quoi, en le regardant, me parler de sa soeur avec qui il dormait et dont il était pas si secrètement que ça, amoureux. Vu qu’on avait 20 ans, on parlait de refaire le monde aussi, avec des champs d’herbe partout, une anarchie totale, on abolissait l’argent, on arrêtait les guerres, et on rendait le LSD obligatoire, ça c’était encore avant le formatage école supérieure de commerce. Enfin pour moi, parce que lui, il commençait à m’inquiéter un peu, à devenir aussi dépendant à l’alcool, au cannabis et à l’héro.

Mais quand t’as 20 ans, et que t’as la chance de connaître ce mec là, quand t’as le privilège qu’il te raconte ses histoires, quand il interdit aux autres de s’asseoir à côté de lui parce que c’est ta place, et quand il te demande d’entreprendre de le contre-argumenter sur un sujet de philo des parisiennes pour préparer sa khôlle, qu'il t'offre une bague de fiançailles pendant qu’il fredonne “Friday, I’m in love”, tu dis rien. Parce que tu veux pas le perdre.

Un soir, après les cours il s’est dirigé vers chez lui directement. Je lui ai demandé ce qu’il faisait, s’il venait au petit parc. «Tu vas où?» je lui ai crié du trottoir d’en face, alors qu’il s’était déjà éloigné. Il s’est retourné, et il a continué de marcher à reculons et il m’a dit avec son sourire qui me tuait «Je vais me suicider, tu viens?» J’ai ri. J’ai dit «ouais c’est ça, on se voit demain!» et je l’ai regardé partir. «Mais moi j’étais trop loin, j’étais même pas là pour te tendre la main…» Le lendemain matin, bien sûr, il était pas là au petit parc, sur notre banc. Je suis pas restée, du coup. Je suis allée voir au verre à pied, le bar où on allait pendant que les autres apprenaient à programmer en Turbo Pascal ou s’enfilaient des encyclopédies entières. Il n’était pas là. Sa place est restée vide pendant le premier cours. Moi j’ai pas ouvert mon sac, j’ai pas enlevé mon manteau. J’attendais qu’il arrive, comme toujours, en retard, avec son sac sur une épaule, et son carnet de correspondance tout plié avec ses dessins dessus dans la main et son excuse bidon. J’ai regardé la porte pendant les deux premiers cours, et à la récré je suis allée au petit parc, au cas où il y serait. Mais y avait sa soeur, au petit parc. Sur notre banc.

Quand elle m’a vue elle a fondu en larmes, pis elle s’est mise à se balancer d’avant en arrière comme un enfant autiste. Je ne lui ai pas parlé, je suis partie en courant vers l’infirmerie. Parce qu’il y a allait tout le temps, alors il devait forcément y être. L’infirmière pleurait. Quand je suis rentrée, elle m’a dit «Stéphanie, assied-toi…» mais je l’ai pas laissée finir, parce qu’il fallait que je trouve Séb, et je savais où il était. En haut, où il allait fumer quand il pleuvait, cachés, parce que le lycée était non-fumeur, il était assis là depuis le début, et il rigolait bien, comme un con, parce que je le cherchais partout. Il m’avait fait peur, j’allais le taper un peu et puis j’allais lui dire d’arrêter ses conneries. On irait fumer un pet’ après, et on en rirait. Il était pas là. Ni dans les toilettes des garçons. Ni dans aucune salle de classe. Tous les gens que je croisaient me rassuraient. Il a juste trop fumé hier soir, il ne s’est pas réveillé. Il sera là cet après-midi. Oui je sais qu’il sera là cet après-midi parce qu’il FAUT qu’il soit là cet après-midi.

La conseillère pédagogique m’a retrouvée assise dans un coin, hébétée, alors que les cours avaient commencé, et elle m’a emmenée dans son bureau pour me dire qu’elle savait qu’on était proche Sébastien et moi, et que l’infirmerie était ouverte, ou qu’elle était là, si j’avais besoin d’aide. De l’aide pour quoi? Parce-que-Sébastien-s’est-probablement-suicidé-hier-soir-au-volant-de-sa-voiture-il-est-dans-le-coma-je-suis-désolée.

On pourrait penser que c’est le moment où j’ai perdu pied, mais non. Parce que le coma, c’est pas la mort. Il va s’en sortir et on va en rire. On ira au Blue Note draguer comme tous les jeudis à sa sortie de l’hôpital. Le moment où j’ai perdu pied c’est quand l’infirmière est venue m’informer en plein Devoir Surveillé de maths, toujours mon manteau sur le dos et mon sac pas ouvert, que les médecins l’avaient débranché.


J’ai crié, je pense.

J’ai couru, je pense.

J’ai pleuré, je pense.

Je lui en ai voulu, je sais.

Après, je me souviens plus de rien…

19:22 Publié dans Hommage | Lien permanent | Commentaires (12)

Commentaires

Je pense fort à toi ...

Écrit par : Koyotte | 13/02/2007

Très touchant....
Mille pensées pour toi, pour lui, et tous ceux qu'il a touchés dans sa vie....

PS : rigolo ce que t'as marqué à la place des champs normaux pour les comms

Écrit par : Beside | 13/02/2007

L'Amazone, la note est bouleversante.
La décence m'empêche d'en dire plus. Cédons place aux pensées et larmes nocturnes...

Écrit par : samessa | 13/02/2007

Si c'est la note la plus gaie de l'année, je ne sais pas si je vais venir te lire le jour des résultats du 2ème tour.
Bon, sinon, j'ai ma femme qui est en Espagne en train d'enterrer sa grand-mère et moi qui déprime parce que je m'étouffe sous le poids du boulot en retard, alors je vais tenter une diversion :

Trop cool, le Turbo Pascal !

(Et sinon, la séquence Parce-que-Sébastien-s’est-probablement... s'affiche mal dans Firefox, ce qui n'est pas génial parce que la lecture de ta note est perturbée par ce problème technique à la noix, alors que si Firefox avait été programmé en Turbo Pascal, comme Internet Explorer, on n'aurait pas ces soucis).

Je t'embrasse, tiens.

Écrit par : Comme une image | 13/02/2007

Que vos notes soient comiques ou tristes, elles témoignent d'un très grand talent. Celle-ci étreint le cœur d'une énorme chape de plomb. Ce soir, tous vos lecteurs et amis penseront à vous.

Écrit par : Larouman | 13/02/2007

Non, mais c'est pas censé vous toucher ou bouleverser, je ne l'ai pas diffusé pour ça, la vie continue et doit continuer. Il n'est plus là, certes, je le regrette chaque jour mais c'est lui qui a décidé de partir. Il avait sans doute ses raisons même si je ne peux m'empêcher de penser à ce gâchis: il avait la vie devant lui et tout pour lui. En fait, j'ai juste compris trop tard que quand il me disait: "Entre nous, c'est à la vie, à la mort", il avait prévu que l'on se répartisse les tâches...

(CUI: Non mais y avait plus ridicule que l'apprentissage du Turbo Pascal, c'était que l'on devait rédiger le programme sur papier... Et après, on nous répétait que nous étions l'Elite de la Nation. J'espère juste que la pseudo Elite a des assistantes suffisamment compétentes pour savoir se servir d'un ordinateur! De toute façon, moi, j'étais à la Fnac en train de draguer pendant les DS de Maths...Eh madame, je suis en prépas HEC et je sais programmer en turbo pascal votre ventilateur, ça vous dirait une petite étreinte pour vérifier le fonctionnement de votre ventilateur? Et bizarrement, ça marchait pas plus que ça...Alors qu'une petite question qui tourne en monologue lors des cafés-philos, ça, ça plaisait fortement à la ménagère de moins de 50 ans...)

Merci, infiniment: Koyotte, Beside, Samessa, CUI et Larouman...

Écrit par : l'Amazone | 13/02/2007

Se répartir les tâches... j'aime bien quand tu vois la vie de cette façon. De toute façon t'as pas le choix, la vie continue avec ou sans toi.

Écrit par : 4largo | 14/02/2007

Bon ben voilà... suis nulle en mot pour ces choses là..

c'est bien le turbo pascal , ça permet la datation de l'amazone. c'est le carbone 14 de l'informatique

Écrit par : Frogita | 15/02/2007

> 4largo: Merci mon petit bonhomme. Mais je préfère penser que le monde va s'écrouler si je venais à disparaître, ça me motive un peu plus et puis, c'est presque vrai, non? Sérieusement, il est parti, il a choisi de partir, c'est son choix, c'est tout... Après, je peux être triste, lui en vouloir, déverser toutes les larmes que peuvent contenir mon corps et un peu plus encore ou me dire que la vie continue, être heureuse de connaître tout ce qu'il a pris le parti de fuir, ça ne changera rien et ça ne le fera pas revenir...

> Frogita: Merci quand même pour ces mots qui ne sont pas si nuls que ça puisqu'ils me remontent le moral. (Mais tu sais, c'est surtout mon papounet qui a été atteint par cette disparition si tu peux le réconforter... Comment ça, il ne le connaissait pas? Oui mais il a un don pour l'empathie et souffre pour moi par solidarité. Donc si tu veux bien laisser l'empreinte de tes lèvres n'importe où sur lui, il paraît que c'est bcp + efficace que le carbone 14, ça laisse des souvenirs à vie ainsi qu'une certaine émotion que le 1er n'offre pas). Sinon madame, sachez que je ne suis pas plus âgée que Koyotte, je n'ai que 25 ans et le Turbo Pascal est semble t'il encore enseigné en prépas HEC, c'est l'éducation nationale que tu as datationné pas moi, madame. Sinon, ça fait quoi d'avoir plus de 30 ans? Tu te souviens des tous premiers ordinateurs qui prenaient 3 salles? Et alors plutôt MO5 ou TO7 (il est fort possible que j'ai inversé mais je n'étais pas née quand ces ordinateurs étaient commercialisés!!). Non, vraiment merci Frogita et n'oublie pas le message subliminal à propos de papounet...

Écrit par : l'Amazone | 16/02/2007

garçouille du haut de ses 25 ans avec des seins qui doivent tenir tous seuls, tu mériterais une fessée!
et mes premiers pas c'était avec un amstrad 6128!

Écrit par : Frogita | 16/02/2007

Tu sais l'Amazone, j'ai eu un amstrad CPC et un TO7-70 !!!
(en vérité, c'était à mon grand frêre mais j'ai pu jouer à pong avec !!!) (aahhhh, Pong, que de bon souvenirs ....)

Écrit par : Koyotte | 18/02/2007

> Frogita: Oui qui tiennent tous seuls effectivement depuis des années, à peu près autant que je n'ai pas reçu de fessée. Mais tu peux toujours essayée et puis, il est fort possible que j'aime ça... Et je suis pas une garçe d'abord, une chipie à la limite et encore, en étant juste réaliste... Tiens Amstrad 6128 connaît pas, c'était dans les années 50?!!!

> Koyotte: fais attention, je crois que le personne sus-mentionnée a des tendances SM, elle en veut à des têtons, je crois qu'elle veut même les relier à une prise de courant ou un truc comme ça pour voir à quel point t'es résistant. En même temps, je dis ça, je dis rien mais ça m'embêterait de te retrouver en train de tourner chez le 1er kebabier, du coin... Moi, j'avais un Atari quelque chose et aussi une console Seb avec un truc qui ressemblait à Pong et un fusil qui ressemblait à un téléscope... Et à l'école primaire un TO5, oui vous pouvez siffler l'éducation nationale, moi qui suis si jeune et à qui on offrait du matériel si vétuste et en, plus, j'étais dans une école privée

> Emu: Merci et bienvenu. Merci de revenir au sujet de la note quand même. Parce que pendant que les 2 "inséparables" se draguent tranquillement: dis-moi quel ordinateur, tu avais, je te dirais à quel point, je t'aime... Y'avait un vrai sujet triste dans cette note hormis le Turbo Pascal...

Écrit par : l'Amazone | 18/02/2007